Pourquoi Poutine tient à garder l’Ukraine sous influence russe

La forteresse de Kamianets-Podilskyï, témoin de la riche histoire de l’Ukraine. (©Wikimedia Commons)

L’armée russe a opéré ses premières frappes aériennes sur l’Ukraine le 24 février 2022. Vladimir Poutine répond ainsi au rapprochement entre son voisin et l’OTAN. Mais pourquoi s’y oppose-t-il ? Coup d’œil sur l’histoire, pour comprendre les rapports ambigus entre Kiev et Moscou.

« Nous n’avons pas dans nos plans une occupation des territoires ukrainiens ». Par ces mots, Vladimir Poutine tempère la gravité de la situation à la frontière ukrainienne. Pourtant, elle vient de basculer en ce jeudi 24 février. Faut-il le croire ? Pour lui, l’Ukraine doit rester dans le giron de la Russie. Elle est le berceau de la civilisation slave orientale, depuis la Rus’ de Kiev. Du IXe au XIIIe siècle, cette principauté occupe un immense territoire, étendu sur une partie de la Biélorussie, la Russie et l’Ukraine actuelles. Vaincu par les invasions mongoles, le territoire éclate en une mosaïque de peuples, de religions et de langues. Jusqu’au XVIIIe siècle, il est disputé par la République des Deux Nations (successeure du Royaume de Pologne et du Grand-Duché de Lituanie), le Hetmanat cosaque (État dirigé par un hetman) et l’Empire ottoman.

La Rus’ de Kiev en 1054, à la mort de Yaroslav Ier. (©Wikimedia Commons)

Catherine II, « Impératrice de toutes les Russies »

L’Empire des Tsars réunit peu à peu les morceaux de l’actuel territoire ukrainien sous sa souveraineté. Catherine II surtout, impératrice de Russie dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, accélère le processus. Au terme de la guerre russo-turque de 1787-1792, elle reprend la Crimée aux Ottomans, et y construit le port de Sébastopol, accès stratégique aux mers du sud de l’Europe. Ainsi, les régions du Sud et de l’Est de l’Ukraine sont historiquement et culturellement très proches de la Russie. Valéry Giscard d’Estaing ne s’y trompe pas en 2015, lorsqu’il rappelle que « depuis cette conquête de Catherine II de Russie avec son fameux Potemkine, la Crimée n’a jamais cessé d’être russe ». Au XIXe siècle, les Tsars maintiennent plusieurs gouvernements en Ukraine. Le reste du pays que nous connaissons appartient à l’Empire austro-hongrois.

Portrait de Catherine II (1729-1796), par Johann Baptist von Lampi. (©Wikimedia Commons)

Le XXe siècle, la quête de l’indépendance

En 1917, la Révolution éclate à Moscou. Les Bolcheviks prennent le pouvoir et mettent fin à la dynastie des Romanov. L’Ukraine réclame son indépendance et l’obtient. Mais celle-ci est fragile. Le territoire devient le théâtre de la violente confrontation entre les Bolcheviks et les Russes blancs (les forces contre-révolutionnaires). En 1922, le pays devient une république socialiste soviétique et passe sous la souveraineté de l’URSS. Sur décision de Nikita Khrouchtchev, la Crimée est rattachée à l’Ukraine en 1954. Ce rattachement est symbolique puisque Kiev est dominée par l’Union soviétique. Lorsque celle-ci disparaît en 1991, l’Ukraine devient véritablement indépendante, et un traité d’amitié et de non-agression est signé avec le Kremlin en 1999… Aujourd’hui, Vladimir Poutine martèle la forte proximité culturelle entre son pays et les régions du Donbass et de la Crimée. Le choix de cette dernière, par référendum en 2014, d’être rattachée à son immense voisin apporte de l’eau à son moulin.  Une possible entrée de Kiev dans l’OTAN menace le glacis protecteur de Moscou. Et nous voilà revenus en pleine Guerre Froide…

Gaël Lanoue

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