Raphaël Glucksmann appelle à l’union : les réseaux sociaux répondent, les partis de gauche raccrochent

Le 26 août dernier, Raphaël Glucksmann publie son livre Lettre à la génération qui va tout changer chez Allary Éditions. ©Wikimedia

Fondateur du parti Place Publique en 2018, Raphaël Glucksmann cherche à unifier la gauche, sans succès. Sa liste arrive sixième aux élections européennes de 2019. Désigné président de la commission spéciale sur l’ingérence étrangère dans l’ensemble des processus démocratiques de l’Union Européenne l’année suivante, l’essayiste devenu homme politique se veut porte-parole de la nouvelle génération, de la condition des Ouïghours et des Ukrainiens.  

« Depuis de longs mois, je cherche à briser le silence qui entoure la déportation des Ouïghours et à pousser nos dirigeants à agir », décrit-il dans la première page de son dernier ouvrage Lettre à la génération qui va tout changer. Activiste pour la condition des Ouïghours, l’eurodéputé reçoit l’interdiction d’entrer sur le territoire chinois le 22 mars dernier. Pourtant, en novembre dernier, l’essayiste à la tête d’une délégation officielle de députés européens rend visite à la présidente taïwanaise. Dans un contexte où les tensions montent entre la Chine et Taïwan, Raphaël Glucksmann affiche son soutien auprès de Tsai Ing-wen. Plus récemment, c’est aux Ukrainiens que Raphaël Glucksmann apporte son soutien : « Si Poutine ne paie pas un prix très élevé dans cette guerre, notre continent ne connaîtra plus la paix ». Son appel à l’union et sa présence sont remarqués dans de nombreux rassemblements solidaires pour le peuple ukrainien. « Dans l’humanisme européen, il y a l’idée d’un homme seul face au monde comme Dieu avant la Création. Maintenant, il faut insérer l’homme dans un monde fini, qu’il faut conserver. Il faut donc réécrire l’héritage des Lumières en prenant en compte le fait qu’on a saccagé la maison commune », confie-t-il au micro de France Culture. Ses engagements, revendications et idées politiques incarnent la nouvelle gauche humaniste, en accord avec ses inspirations intellectuelles, philosophiques et idéologiques. 

Du néo-conservatisme à la gauche néo-libérale 

Fils du philosophe André Glucksmann, Raphaël hérite de l’idéologie antitotalitaire et néo-conservatrice de son père et ne s’en cache pas. Le Cercle de l’Oratoire rassemble des intellectuels néo-conservateurs peu après les attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center, à New York. Membre de ce groupe, il cofonde la revue Le Meilleur des mondes aux côtés de son paternel la même année. Sa ligne éditoriale consiste à publier des papiers d’opinion sur l’actualité mondiale avec une doctrine pro-américaine pendant l’administration de Bush. Raphaël Glucksmann se positionne en faveur de l’intervention militaire en Afghanistan et en Irak. Finalement, la rédaction du mensuel prend fin en 2008, après avoir dressé la critique du gouvernement républicain de Bush. 

En parallèle de son activité pour Le Meilleur des mondes, Raphaël Glucksmann est le conseiller du président géorgien Mikheil Saakachvili. Une évolution de ses appartenances politiques se dessine dès lors qu’il soutient une figure du néo-libéralisme et pro-occidentalisme. En 2011 dans la capitale géorgienne, l’ambassadeur de France Éric Fournier précise le rôle du conseiller : « Raphaël joue un rôle d’apaisement. Il essaie de montrer à Saakachvili que l’Europe se compose d’autres strates que balte ou ukrainienne. » Mais un autre observateur étranger le décrit tout autrement au journaliste pour Le Monde : « Il est d’une légèreté hallucinante. Il crée un enthousiasme, puis disparaît. Et intellectuellement, il n’est pas outillé. » Souvent critiqué à cette époque pour sa naïveté, la tendance refait surface depuis ses récents engagements listés dans les premières pages de Lettre à la génération qui va tout changer. Réchauffement climatique, extinction de la biodiversité, globalisation financière, délocalisations, explosion des inégalités, déclin des démocraties, érosion des droits et montée des haines. 

“Je n’ai qu’un seul objectif en politique : redonner à la démocratie sa jeunesse perdue […] À votre tour maintenant !” 

Encouragé par une présence fortement influente sur les réseaux sociaux, Raphaël Glucksmann est le deuxième homme politique français le plus suivi sur Instagram avec 660 000 abonnés, après Emmanuel Macron. Il parvient ainsi à imposer le combat des Ouïghours et la détresse du peuple ukrainien en France avec cette vague de popularité. L’essayiste publie son ouvrage Lettre à la génération qui va tout changer dans cette même idée de populariser les sujets politiques et de réveiller la jeunesse. Comme il le rappelle, « 8 jeunes sur 10 se sont abstenus lors des élections régionales de juin 2021 : un Tchernobyl démocratique ». Mobiliser cette nouvelle génération à travers une écriture simple et des propositions concises, avec une liste de seulement cinq étapes pour accéder à une « cité républicaine » et une autre de six pour une « cité écologiste ». La gestion des pronoms dans ce livre peut interroger : l’emploi du « nous » lorsqu’il s’agit de projets à mener comme la « République écologiste » et l’emploi du « vous » lorsqu’il s’agit d’actions concrètes à mener et à défendre. 

Mandy Yahiaoui 

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