Mrs America, une lutte moderne

Phyllis Schlafly lors d’une manifestation contre l’Equal Rights Amendment. ©Wikimédia

Il y a quelques semaines, les Américaines apprennent que la Cour Suprême des États-Unis envisage d’interdire l’accès à l’avortement. Sortie en 2020, Mrs America revient sur la lutte du mouvement féministe et anti-féministe américain dans les années 70 face à l’adoption du Equal Rights Amendment. Retraçant des événements vieux de plus 50 ans, la mini-série n’a pourtant jamais été aussi actuelle.

Composée de neuf épisodes, Mrs America retrace le parcours de Phyllis Schlafly, conservatrice et anti-communiste, dans son combat contre l’adoption d’un amendement visant à garantir l’égalité des droits entre les sexes aux États-Unis. Pour mener à bien son engagement, la mère de famille organise des goûters avec ses semblables dans lesquels elle propage deux probables dangers : en cas de légitimation de la réforme, les femmes pourraient être engagées dans l’armée, et les hommes divorcés ne seront plus obligés de payer de prestation compensatoire. Avec un tel discours, la quinquagénaire souhaite faire passer les féministes de l’époque pour des anti-familles. C’est d’ailleurs à elle qu’on doit le terme « pro-vie ». Ses partenaires de bataille sont majoritairement des femmes blanches issues d’un milieu aisé. À ce jour, l’amendement n’a toujours pas été voté.

Femmes contre femmes

Cate Blanchett incarne la conservatrice à la perfection. L’actrice offre ses traits à cette figure de proue des anti-féministes pour qui la place des femmes se doit d’être au foyer. Face à elle, Rose Byrn interprète Gloria Steinem, l’une des porte-parole du mouvement féministe la plus connue au monde. D’autres icônes des années 70 sont présentes dans la série comme Shirley Chisholm (Uzo Aduba), première candidate noire aux primaires démocrate ou encore Betty Friedan (Tracey Ullman), autrice du livre La Femme mystifiée. Les neufs épisodes mettent en parallèle les luttes distinctes pleines d’ambition de ces femmes. Un angle pas forcément accepté par les vrais protagonistes de l’intrigue. Dans The Guardian, Gloria Steinem affirme que « la série donne l’impression que les femmes sont nos pires ennemies, ce qui nous empêche de reconnaître qui sont (les vrais). Non pas que nous ne soyons pas en conflit, (…) mais dans l’ensemble, nous ne sommes pas nos pires ennemies. »

L’écho en 2022

L’un des principaux combats de Phyllis Schlafly fut l’interdiction de l’avortement. Plus de cinquante ans après, ses prises de position renaissent en 2022. Le lundi 2 mai, le journal Politico révèle que la Cour suprême des États-Unis souhaite annuler l’ordonnance autorisant l’accès à l’avortement. Dès la parution de cette nouvelle, les pro-choix et anti-avortement manifestent dans tout le pays, rappelant les actions menées par Phyllis Schlafly et Gloria Steinem dans les années 70. La série fait écho aux événements actuels. Les dialogues et revendications présents dans la fiction peuvent être entendus, aujourd’hui, dans les rues des États-Unis.

La série est actuellement disponible sur MyCanal.

Laure Allard

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