Kendrick Lamar, de retour sur terre

À 34 ans, Kendrick Lamar vient de publier son 5e album. © Flickr

Kendrick Lamar publie ce mois-ci son 5e album, Mr. Morale & the Big Steppers. Cinq ans après son dernier disque, le rappeur californien continue de revisiter son art avec 19 titres ambitieux et personnels.

Kendrick Lamar sait se faire attendre, et soigne ensuite son retour. Les fans se sont réjouis de la sortie de son 5e album, Mr. Morale & the Big Steppers, le 13 mai dernier. Au point même de faire planter la plateforme Spotify ce jour-là, car l’attente a été longue. 5 ans depuis son dernier disque. En 2017, DAMN est un énorme succès et fait de lui le premier rappeur lauréat du prestigieux prix Pulitzer. Le natif de Compton, en Californie (qui voit naître le groupe pionnier N.W.A. dans les années 90), revient donc en force. Rien de mieux pour cela qu’une tournée mondiale. Avec, en plus, une date prévue en France, le 21 octobre 2022 à l’Accor Arena. Attendu comme le Messie ? Peut-être. Sur la pochette, il pose en famille, couronne d’épine sur la tête, enfant au bras et pistolet à la ceinture.

De la musique à la (re)-Création

Mr. Morale & the Big Steppers est plus vaste qu’un album. Il a toute la complexité et la richesse d’un monde. Au risque de s’y perdre un peu. Il faut prendre le temps de l’écouter, par petites touches, pour en saisir toute la portée. C’est le monde d’un rappeur de plus en plus inclassable, à l’ambition démesurée mais assumée. « Mon bagage génétique peut construire de multiples univers », affirme-t-il dans Worldwide Steppers, le 3e morceau de l’album. L’assimilation à Adam, en référence directe à la Genèse (1:26-27), fait de lui un nouvel être créateur. Sa position de démiurge, au-delà de la simple expression artistique, renforce une aura quasi divine. « J’ai demandé à Dieu de parler à travers moi, c’est ce que vous entendez maintenant. / La voix de votre serviteur ». Tout au long de l’album, Kendrick Lamar aborde différents thèmes très actuels des États-Unis : la violence des gangs, qu’il a vécue jusque dans son salon, dans son enfance, les rapports homme-femme ou encore les identités de genre. Des thématiques glissantes, puisqu’il est accusé d’insulter et de morinommer (ndlr, appeler une personne par son ancien nom) des personnes transexuelles, dans le titre Auntie Diaries. La question de l’autre et de ses différences est très présente, et cristallisée par une chanson, intitulée Mirror.

Un univers musical en expansion

Pour les piètres anglophones, on peut apprécier l’album sans en comprendre les paroles. La forme est aussi riche et ambitieuse que le fond, et tout aussi déconcertante. Kendrick Lamar est un rappeur et sa maîtrise du rythme, sa scansion, font mouche. Mais il va au-delà du rap. Ses jeux sur les tempos, ses variations, ses ruptures donnent à ses morceaux des allures opératiques surprenantes. En témoigne la pièce liminaire, United in Grief. L’album est très théâtral, plein de petites saynètes. Comme We Cry Together, où la maîtrise de l’anglais n’est pas nécessaire pour saisir la teneur du dialogue… Beaucoup de retours et de renvois lient les différents genres musicaux. En fil rouge, le piano répond au violoncelle et aux musiques électroniques. Des thèmes se répètent aussi, apportant une continuité dans ce long disque de 73 minutes. Enfin, la voix du Californien, quasi hypnotique, se déploie pleinement dans chaque titre, en solo ou en duo. En résumé, un album à découvrir à son rythme. Il est bien ancré dans notre époque, mais nul doute qu’il la dépassera.

Kendrick Lamar – United in Grief.

Gaël Lanoue

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